Elle marchait dans la rue en voyant le temps défiler sous ses yeux mais sans s'en soucier réellement. Il faisait beau, les gens souriaient sans raison particulière. Elle ne souriait qu'à moitié, elle connaissait bien trop ces belles journées de chaleur, où tout le monde avait l'air heureux, où on avait l'impression que cette fois si le beau temps resterais, oui elle les connaissait ces journées bien trop belle, bien trop parfaite. Alors non elle ne souriait pas vraiment, pas comme les autres, pas inconsciemment.
Vous voulez que je vous dise la vérité?
Elle déteste le bonheur, les sourires et les paroles en l'air. Oui elle déteste voir les gens heureux, elle les trouve débile avec leur sourire collé sur leur gueule et leur bonheur qu'ils affichent à tout le monde, ils sont égoistes. Et pourtant elle aussi était comme ça avant, à rire sans raison valable, à montrer son bonheur aux autres. Combien de fois s'était-elle retrouvée à sourire à la foule des recalés de la vie? Combien de fois s'était-elle retrouvé à se rouler dans l'herbe en plein soleil? Les petits plaisir de la vie, cette vague de chaleur qui traverse tout le corps, elle aussi l'avait connue. Mais aujourd'hui chaque minutes, chaque secondes est un supplice, une souffrance perpétuelle, sans fin. Elle se sent fatigué, usé, détruite, rejeté, trahit par la vie. Elle a l'impression que son coeur, son estomac, ses poumons... se détruisent en millier de petits morceaux chaque jours.
Alors pour oublier, effacer, masquer, cacher cette peine, il lui faut son petit bout de paradis qui la détruis, une dose. De l'héroine de préférence, si elle n'a pas assez d'argent tant pis se sera de la coc', du LSD, du shit ou bien de la kétamine. Une seringue, une dose, et elle plonge. Alors elle se laisse porter, couler... Elle ne sent plus la douleur.
Comme un blessé prendrait de la morphine, elle la camé prend de l'héroine.
Elle sent doute, elle le sait que ça la détruit petit à petit, un peu plus à chaque seringue planté dans la bras. Mais elle s'en fou, elle n'y pense même plus, ça lui est égal.
C'est dans ces moments là qu'elle sourit aux autres, les gens heureux, vous savez, quand elle n'est plus vraiment elle-même. Qu'elle se retrouve comme eux à sourire sans raison particulière ou alors peut être parce qu'elle est bien.
Et puis il a Lui, Lui, elle le déteste, elle le hais, à un point que vous n'oseriez même pas imaginer, à un point indescriptible. Dès qu'elle le voit c'est comme si le monde s'écroulait sous ses pieds, un mal être lui colle à la peau et son corps entier souffre, elle en hurlerait presque de douleur. Si elle pouvait le tuer? Elle ne le ferait même pas, elle ne pourrait pas, parce que le problème c'est qu'elle l'aime autant qu'elle la hais.
Elle le déteste parce qu'il la détruit, parce qu'elle n'est plus vraiment elle-même depuis qu'elle le connais, et ça lui fou la trouille de ne pas se reconnaître et de se dire, rien qu'une seconde, qu'elle pourrait être heureuse. Elle ne veut pas redevenir comme ces gens qu'elle méprise tant. Elle ne veut pas se sourire à la con collé sur sa gueule de camé. Elle a peur de se perdre comme elle s'est déjà perdue, et se retrouver. Elle n'y comprend plus rien, elle explose, elle réfléchit trop... Elle n'a pas envie encore un fois de se retrouver comme toute cette bande de cons, qui ne savent pas se qu'ils veulent, ni qui ils sont, qui se laissent porter par la vie, les yeux bandés et les mains liées dans le dos.
Un peu comme elle en réalité, mais elle se n'est plus la vie, c'est la drogue et l'espoir de ne plus espérer qui la porte et qui la tue...